Métaprogrammes & poker

November 17, 2021

Étant un joueur dans l'âme (surtout de stratégie, j'adore !), j'aime beaucoup faire des parallèles entre les stratégies de jeu et l'accompagnement : ça m'aide à décontextualiser ma pratique et à toujours trouver de nouvelles manières de faire.

Plus récemment, je me suis intéressé à des concepts de poker, le Game Theory Optimal (GTO) et l'Exploitative Strategy (stratégie exploitante), pour en décoder quelques notions d'un point de vue PNL. Pour ça, j'ai décidé de les analyser depuis la grille des métaprogrammes, qui ont comme point commun de s'exprimer eux aussi en dualités opposées.

Au poker, le GTO, c'est la manière mathématique de jouer. Il se base sur la connaissance du jeu. Il consiste à analyser la situation pour effectuer la meilleure action en fonction de tous les paramètres présents - considérant que les règles et les variables d'un jeu sont limitées. C'est, par définition, un procédé impossible humainement du fait des (très) nombreuses variables en jeu, et il ne peut donc être simulé que par un ordinateur.

L'Exploitative Strategy, de son côté, est une manière humaine de jouer. Elle consiste à utiliser les patterns et les déséquilibres dans la stratégie adverse. Elle se base sur l'observation et sur l'intuition - rien en rapport avec un ordinateur, sauf les intelligences artificielles bien sûr !

En PNL, les métaprogrammes sont les systèmes de tri et de filtre de notre cerveau.

Par eux, nous filtrons les informations du monde extérieur et nous les structurons, en fonction de nos critères et de nos valeurs. Ils sont très inconscients, contextualisés et varient évidemment suivant les personnes, rien n'est figé !

Les métaprogrammes ont été théorisés par Leslie Cameron-Bandler. Ils ont été magnifiés par de nombreux PNListes contemporains, notamment Shelle Rose Charvet dans sont livre Le plein pouvoir des mots et dans son travail avec le Language and Beaviors Profile. Leur tri et leur nombre ne sont pas universels, ce sont des cadres généraux d'analyse de processus interne. J'utilise personnellement un mélange de ceux proposés dans les formations que j'ai faites à l'institut SCORE et à l'ARCHE.

Je vais présenter quelques métaprogrammes qui me paraissent clés en rapport avec ces deux stratégies.

Les métaprogrammes du GTO et de l'Exploitative Strategy

Conscience interne / conscience externe

La conscience est orientée vers l'état interne ou le processus interne, ou à l'inverse sur la prise d'information extérieure.

Le GTO est en conscience externe (observer les informations du jeu) puis et principalement en conscience interne (afin de prendre une décision d'action).

L'Exploitative Strategy est principalement en conscience externe (récolter toutes les informations venant de l'adversaire) puis en conscience interne (pour tirer des conclusions du jeu adverse)

Cadre de référence interne / externe

En référence interne, une personne évalue une situation de son propre point de vue, sur ce qu'elle pense approprié. Elle décide de ce qu'elle veut faire et de comment elle veut le faire.

En référence externe, une personne évalue une situation du point de vue des autres / Elle attend qu'on lui dise quoi faire et comment le faire.

Il existe évidemment des types mixtes :

  • référence interne avec vérification externe
  • référence externe avec vérification interne

Le GTO est en référence interne : il évalue la situation avec logique pure et agis en fonction. Il ne se base que sur ces analyses.

L'Exploitative Strategy est en référence externe avec vérification interne : elle observe d'abord l'adversaire et en déduit une stratégie, puis elle décide en référence interne d'une stratégie contrant celle de l'adversaire.

Passif / réceptif / réactif / proactif

passif : qui attend

réceptif : qui reçoit sans pour autant agir

réactif : qui agit en réagissant aux stimuli

proactif : qui initie l'action

Le GTO est proactif, il joue d'une seule manière possible (la meilleure statistiquement).

L'Exploitative Strategy est réceptive, elle agit en fonction des stimuli adverse.

Procédure / option

Soit le sujet structure son action par une procédure stricte, soit il préfère agir au fur et à mesure en se laissant tenter par différentes options.

Évidemment, les deux peuvent s'imbriquer ! On peut avoir une liste d'étapes à faire dans l'ordre avec un choix à l'une des étapes (par exemple : je me douche, je mange et je regarde un film -> choix du repas et choix du film dans la procédure "soirée tranquille". On peut aussi avoir des options entre différentes procédures (par exemple : pour faire un repas où j'ai envie de me faire plaisir, je vais choisir entre différentes recettes -> une recette = une procédure).

Le GTO agit clairement avec une procédure mathématique unique et pré-déterminée.

L'Exploitative Strategy, a contraio, s'adapte au maximum et utilise de nombreuses options.

Tri sur soi / sur l'autre

La personne est-elle centrée sur elle-même ou plutôt à l'écoute de l'autre ?

Direction soi : la personne est tournée vers elle. Dans la relation, soit elle parle d'elle soit elle ne parle pas.

Direction l'autre : la personne cherche le contact, écoute, observe, pose des questions.

Il est intéressant de lier ce métaprogramme avec la manière dont la personne applique ses critères.

Considérons ici qu'un critère est une mesure, une référence qui sert à mesurer, à évaluer une situation, une chose, une personne (exemple : un achat est jugé "bon" s'il satisfait un ou plusieurs critères).

Soi vers soi (soi) : il n'y a que mes critères qui comptent

Soi appliqué à l'autre (déplacé) : j'applique mes critères aux autres ; ce qui est bon pour moi est bon pour l'autre

Soi à la place de l'autre (permuté) : j'utilise les critères des autres, je ne tiens pas compte des miens

Soi et l'autre (simultané) : je prends en compte mes critères et ceux des autres

Le GTO utilise le tri soi vers soi, sa théorie est celle qui marche le mieux statistiquement, il l'applique.

L'Exploitative Strategy utilise d'abord le tri soi à la placé de l'autre (permuté), pour se mettre à la place de l'adversaire et s'imprégner de sa stratégie, puis le tri simultané afin d'adapter sa stratégie.

Les parallèles

Un bon joueur dans ce paradigme sera capable de savoir ajuster sont curseur interne entre GTO et Exploitative Strategy aux bons timings.

On peut apprendre de cette observation qu'être 100% théorique ou 100% adaptatif dans un domaine qui concerne l'humain ne permettra pas les résultats les plus efficaces ou les plus esthétiques.

Cela m'amène à me poser la question : dans ma pratique, à quel point j'utilise de la théorie (comme des grilles de lecture par exemple) et à quel point je m'adapte à la personne en face de moi ?

Évidemment, ce curseur bouge en fonction des moments ! Personnellement, je me ressens sur un 30% GTO et 70% exploitative. Je dirais même que je suis plus théorique au tout début d'un accompagnement. J'aime apprendre et partager de la théorie, je trouve ça extrêmement stimulant, mais une bonne vielle écoute active, qu'imaginer de mieux ?

Ci-dessous : ma fiche d'identification des métaprogrammes

Tous les articles de ce blog représentent uniquement mon avis et mes déductions personnelles.